À propos / Le porteur du projet

Le porteur du projet

Yves Martin-Chave n’est pas forestier de formation. Il a passé plus de trente ans dans l’audit, l’expertise comptable et le financement de l’entreprise innovante — loin des forêts. Plusieurs structures créées, développées, cédées. Un métier utile, mais dont il ne percevait plus la valeur ajoutée réelle, ni pour la terre, ni pour les hommes.

De ce parcours, une conviction reste : un projet ne tient que s’il repose sur un modèle économique solide, capable de se financer lui-même et d’absorber les aléas. C’est cette logique, appliquée à une forêt, qui guide Le Mas forestier.


Ce qui m’a conduit ici — et ce que j’en ai fait

Mon existence actuelle de sylviculteur m’offre ce que toutes mes quêtes semblaient vouloir m’enseigner. J’ai le sentiment aujourd’hui que ces chemins parcourus m’ont naturellement conduit ici, vers cette vie entre les châtaigniers.

J’ai grandi dans une forêt provençale, sur une propriété familiale près d’Aix-en-Provence. Des pins, des chênes, du silence. Puis est arrivée l’autoroute — le bruit, le béton, la coupure. Cette forêt-là a été avalée par l’étalement urbain. Quelque chose s’est cassé à ce moment-là, que trente ans dans l’audit et le financement d’entreprises n’ont pas réparé.

Loin du chaos urbain, du ronronnement des moteurs et des roulements incessants, j’habite désormais un autre monde sonore. Car la forêt n’est pas silencieuse — elle est vivante de mille bruits : le vent qui traverse les frondaisons, les craquements du bois qui travaille, les cris des animaux qui marquent leur territoire. Une symphonie organique, une rumeur du vivant.

Ici, j’ai découvert une vérité toute simple. La forêt ne cherche pas à devenir forêt. Elle l’est. Le châtaignier ne s’efforce pas d’être châtaignier — il déploie simplement ce qu’il est, saison après saison, sans hâte ni prétention.

Mon travail consiste à accompagner cette forêt en l’éclaircissant, à créer de l’espace pour que chaque arbre trouve sa lumière. Parfois aussi, je plante de nouvelles essences, j’introduis de la diversité. Mais je ne suis pas là pour conquérir ou dominer — plutôt pour écouter ce que la forêt murmure, pour percevoir ce dont elle a besoin.

J’ai compris que mon rôle n’était pas de contrôler mais de créer les conditions pour que les arbres trouvent leur propre chemin. Parfois, prendre soin signifie s’effacer. Parfois, aimer signifie simplement observer.

Un châtaignier que j’ai planté me verra probablement mourir. Il continuera, indifférent à mon ego, enraciné dans une temporalité qui ridiculise mes ambitions personnelles. C’est peut-être ça, l’essentiel : se courber devant plus grand que soi. Non par soumission, mais par reconnaissance.

La forêt m’enseigne l’humilité chaque matin. Et c’est suffisant.

En 2021, j’acquiers une propriété de 120 hectares en Haut Vallespir, dont 80 hectares de forêt abandonnée depuis plus de 40 ans — dense, enchevêtrée, fragilisée. La voie classique aurait été d’écouter les conseils habituels : vente sur pied, coupe rase, bois bradé à un exploitant ou à l’industrie énergétique. Rapide, net, sans suite.

Ce n’est pas la voie retenue. La question posée était plus simple : est-il possible de prendre soin de cette forêt — vraiment — sans que cela devienne économiquement insoutenable ? La réponse du Mas forestier est oui — à condition de réaliser la première transformation sur site et de capter ainsi une part de la valeur ajoutée qui échappe habituellement au propriétaire.

Forêt du Mas forestier — diversité des peuplements et corridors, Pyrénées-Orientales

La forêt telle qu’elle est — et ce qu’elle peut devenir

La forêt du Mas forestier ressemble à beaucoup de forêts privées de moyenne montagne : plantée il y a 40 à 50 ans, en mono-essence, sans diversité réelle. Des peuplements de châtaignier et de pins qui ont poussé ensemble, denses, sans être vraiment conduits.

Ce type de forêt n’est pas en bonne santé. Il est vulnérable : aux aléas climatiques, aux maladies, aux incendies. Il produit peu de valeur, et il ne se renouvelle pas naturellement de façon équilibrée.

L’objectif du projet n’est pas de la laisser en l’état ni de l’exploiter à la logique du volume. C’est de l’accompagner progressivement vers une forêt différente : mélangée, avec plusieurs essences représentant plusieurs générations d’arbres côte à côte, résiliente face au changement climatique — et transmissible aux générations suivantes dans un état meilleur que celui où elle a été reçue.

Ce travail se compte en décennies, pas en saisons. Les premières coupes produisent du bois. Mais leur vrai résultat se lira dans 20 ou 30 ans, sur la structure du peuplement et sur ce qui aura poussé entre les arbres laissés en place.

Le Mas forestier s’inscrit dans un territoire où la filière bois a disparu. Les quelques exploitants qui interviennent encore n’ont qu’une logique : couper vite, vendre au plus offrant — industriels ou bois énergie — sans aucune réflexion sur la transformation locale ni sur la structuration d’une filière. L’objectif ici est différent : montrer qu’un autre modèle est possible, et qu’il est reproductible.


L’approche

Le projet ne repose pas sur des subventions ni sur un modèle de volume. Il repose sur :

  • Un tri fin des bois à la coupe, pour distinguer ce qui peut être transformé de ce qui relève de débouchés à faible valeur
  • Une première transformation sur site : piquets en châtaignier, sciage à la demande
  • Des moyens sobres et adaptés aux contraintes réelles d’un site de moyenne montagne (pente, accès, isolement)
  • Une logique de développement par étapes, fondée sur les résultats réels et non sur des projections

Le site

📍 Lo Pla del Mané — 66260 Saint-Laurent-de-Cerdans, Haut Vallespir, Pyrénées-Orientales

Site isolé, en moyenne montagne, accessible uniquement sur rendez-vous.

Châtaigneraie — Le Mas forestier, Haut Vallespir
Yves Martin-Chave au télescopique Merlo — manutention de grumes, Le Mas forestier

Contact

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